Qualité en ESAT et ESMS : pour une meilleure adéquation entre le projet d’établissement et l’évolution des besoins des usagers

Le mois dernier, nous avons rencontré Alain Minguez, psychologue en ESAT1 et co-auteur d’une étude sur le fonctionnement adaptatif d’adultes présentant une déficience intellectuelle2.
Au travers de ses recherches, il cherche à améliorer le quotidien des usagers… Une nécessité qui passe aussi par une projection du projet d’établissement au plus proche de la réalité des usagers.

La nécessité d’évaluations pertinentes dans les établissements accueillant des adultes présentant une déficience intellectuelle

Il est aujourd’hui admis qu’une seule évaluation du quotient intellectuel (QI) ne suffit pas à établir un diagnostic de déficience intellectuelle et à définir les besoins de soutien d’une personne. Cet indicateur doit être complété par une évaluation du fonctionnement adaptatif (FA) de l’individu, qui va permettre de mesurer les habiletés de la personne.

" La personne en situation de handicap a longtemps été caractérisée par sa maladie. On ne percevait que ses incapacités, et on faisait un amalgame entre handicap et déficits. Depuis plusieurs années, on adopte une approche beaucoup plus positive et moins restrictive. On cherche à comprendre le rôle que peut avoir l’environnement dans les difficultés rencontrées par les personnes, on recherche leur plus grande participation possible dans la société et dans la vie quotidienne. "

L’évaluation des habiletés est fondamentale, car elle permet de mesurer le désavantage que subit une personne handicapée dans son environnement. Avoir une habileté ce n’est pas seulement savoir faire, mais aussi savoir mobiliser ses ressources pour le faire, au moment opportun et quel que soit l’environnement. La qualité de vie dépend de cette capacité, et c’est là qu’est tout l’enjeu de la prise en charge !

" Par exemple, on apprend aux usagers à se laver ou à faire la cuisine. Ils ont acquis cette compétence, et pourtant une fois chez eux il ne le font pas. Le besoin n’est pas d’apprendre à faire mais de comprendre qu’il faut faire. "

C’est justement sur la base de l’évaluation du fonctionnement adaptatif que pourront être analysées les forces et les faiblesses de chacun, que pourront être recherchés des leviers, et que pourront être définies les adaptations ou compensations dans l’environnement. Les chercheurs travaillent sur ces questions depuis de nombreuses années aux États-Unis et en Belgique par exemple. Mais il reste encore beaucoup à faire pour que les connaissances issues de la recherche passent dans la pratique.

Des outils pour mieux analyser les personnes présentant une déficience intellectuelle

Vineland, seule méthode certifiée pour l’évaluation du fonctionnement adaptatif

Concrètement, l’échelle de Vineland évalue le fonctionnement adaptatif de la personne (de l’enfant jusqu’a la personne âgée) Elle permet de mesurer (dans le domaine de la communication) les capacités de la personne à s’exprimer, à comprendre et à se faire comprendre, ainsi que ses compétences à l’écrit (lecture et écriture). Elle mesure également les compétences domestiques, culinaires, administratives, la capacité à prendre soin de soi et à se soigner (domaine vie quotidienne). Enfin, elle permet d’évaluer les habiletés relationnelles et sociales.

L’échelle de Vineland est utilisée depuis plusieurs années aux États-Unis. Sa seconde version, datant de 2005, n’a toutefois été traduite en français qu’en 2016. Aujourd’hui, c’est la seule méthode certifiée pour l’évaluation du fonctionnement adaptatif des personnes avec déficience intellectuelle en France, mais elle reste encore peu utilisée dans nos établissements. En effet, deux ans après la traduction française de l’échelle de Vineland, M. Minguez estime que son utilisation reste encore marginale dans les ESMS3.

Des méthodes complémentaires

L’administration de l’échelle de Vineland se fait en auto-évaluation ou en hétéro-évaluation (avec une équipe d’éducateurs, par exemple :

  • L’auto-évaluation n’est pas toujours adaptée avec les personnes présentant une déficience intellectuelle, car elles rencontrent bien souvent des difficultés spécifiques à s’évaluer de façon objective. Il faut alors utiliser des techniques d’interrogation particulières (entretiens moins formels, questions détournées…) nécessitant une formation à l’outil et des connaissances théoriques sur le fonctionnement et les spécificités des publics évalués.
  • L’hétéro-évaluation consiste à recueillir les observations de l’entourage. Pour être le plus objectif possible, il est recommandé de procéder aux deux types de passation (auto et hétéro-évaluation).

Si l’analyse de cette échelle d’évaluation doit être réalisée par un psychologue ou un orthophoniste, le questionnaire peut être utilisé par des professionnels de l’accompagnement (éducateurs, moniteurs, aide soignant…), pour peu qu’ils y soient formés.

Un apport essentiel pour les projets d’établissements médico-sociaux

Depuis 2002, tous les établissements médico-sociaux ont l’obligation d’élaborer leur projet d’établissement. Ce projet est actualisé tous les cinq ans et définit les orientations stratégiques de l’établissement (objectifs, axes de travail, moyens…). Il se construit avec les équipes et les usagers autour d’évaluations internes et externes, et doit prendre en compte les besoins actuels et futurs des usagers. Et c’est là tout l’enjeu ! Chaque établissement doit adapter son projet d’établissement à l’évolution des besoins spécifiques de ses usagers. Alors comment faire ?

L’évaluation de l’ensemble du public accueilli à l’aide d’outils évaluatifs normalisé et adaptés permet de constituer une base de données précieuse en permettant une connaissance détaillée et objectivée des personnes accompagnées.

" C’est à l’aide de ce type d’outils, qui permettent de constituer un langage et des repères communs entre les professionnels, et l’engagement des acteurs de terrain dans cette démarche, que les établissements pourront bénéficier d’une expertise améliorée, mesurer de manière continue les besoins, et les prendre en compte dans la définition de leurs projets et l’organisation des prestations. "

Selon M. Minguez, la clé réside donc dans l’évaluation des usagers. Il la pratique en ESAT, mais la logique pourrait être la même pour tous les établissements. En effet, la connaissance de chaque usager et de son évolution est un excellent outil pour évaluer les prestations proposées. Evaluer l’évolution des usagers et de leurs besoins, c’est évaluer l’environnement, le service, son fonctionnement, son organisation. En mettant en parallèle les différentes évaluations, on peut identifier des points faibles récurrents, et les inscrire dans le projet d’établissement afin de travailler à les améliorer à l’échelle de l’établissement.

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1. Etablissements et Services d'Aide par le Travail

2. A. Minguez et M. Milh, Science direct, février 2018. Étude du fonctionnement adaptatif d’adultes présentant une déficience intellectuelle : rôles des apprentissages réalisés dans l’enfance, de l’âge et du quotient intellectuel ; étude préliminaire observationnelle de 16 adultes.

3. Établissements et Services Médico-Sociaux

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