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Russie : Poutine place les actifs de Nestlé et Auchan sous administration temporaire

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Le Kremlin durcit encore la pression sur les entreprises occidentales présentes en Russie. Vladimir Poutine a signé un décret plaçant sous administration temporaire plusieurs actifs russes de Nestlé et d’Auchan. Pour les deux groupes européens, cette décision intervient après plusieurs années de tensions avec Moscou et alors que les entreprises étrangères restent confrontées à des conditions de plus en plus difficiles pour conserver ou céder leurs activités dans le pays.

Le pouvoir russe justifie cette prise de contrôle par les mesures adoptées par les États considérés comme « inamicaux ». Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, a notamment fait référence aux sanctions occidentales et au soutien apporté à l’Ukraine par plusieurs gouvernements européens. La Suisse, où Nestlé a son siège, est également visée par les sanctions russes, même si elle ne fournit pas d’armes à l’Ukraine.

Nestlé et Auchan passent sous contrôle russe

Les actifs concernés sont désormais placés sous la gestion de L.E.V. Management, une société russe peu connue du grand public. L’administration est officiellement présentée comme temporaire, ce qui permet aux autorités de prendre le contrôle des activités sans annoncer à ce stade une confiscation définitive.

Pour Nestlé, l’opération concerne notamment ses activités industrielles. Le groupe suisse dispose de six usines en Russie et employait avant la réduction de ses activités environ 7 000 personnes dans le pays. Ses installations produisent notamment du café, des aliments pour animaux et des préparations destinées aux nourrissons.

Nestlé avait pourtant considérablement réduit son activité depuis le début de la guerre en Ukraine. Le groupe avait suspendu une grande partie de ses ventes, arrêté ses investissements en capital et réduit les importations et exportations considérées comme non indispensables. Il avait néanmoins continué à produire certains produits alimentaires jugés nécessaires pour la population russe.

Le groupe suisse a indiqué examiner la décision de Moscou. Sa priorité affichée est désormais de défendre ses droits sur ses actifs et de préserver la continuité des activités ainsi que les intérêts de ses salariés.

Auchan est dans une situation différente. Le distributeur français avait choisi de maintenir une présence beaucoup plus large en Russie malgré les pressions exercées depuis 2022. Son réseau compte environ 230 magasins ainsi qu’une activité de commerce en ligne, avec près de 30 000 employés dans le pays.

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Une décision qui intervient après plusieurs années de tensions

La mise sous administration temporaire ne constitue pas une mesure apparue soudainement. Depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, Moscou a progressivement renforcé les instruments permettant de prendre le contrôle d’entreprises appartenant à des groupes occidentaux.

Un décret signé par Vladimir Poutine en 2023 a notamment facilité la mise sous administration temporaire de certains actifs détenus par des entreprises provenant de pays considérés comme hostiles à la Russie.

Le mécanisme a déjà été utilisé contre plusieurs groupes internationaux. Danone et Carlsberg ont notamment vu leurs activités russes placées sous contrôle de l’État en 2023. Dans les deux dossiers, la prise de contrôle administrative a ensuite été suivie par des opérations conduisant à un changement de propriétaire.

Cette succession d’affaires explique les inquiétudes actuelles autour de Nestlé et Auchan. Le terme « temporaire » ne garantit pas que les groupes européens récupéreront leurs actifs lorsque la situation politique évoluera.

Nestlé avait déjà réduit son exposition

Le cas de Nestlé mérite une attention particulière. Avant la guerre, la Russie représentait environ 2 % du chiffre d’affaires du groupe. En 2021, dernière année pour laquelle Nestlé avait publié des données détaillées sur le pays, ses ventes russes atteignaient environ 2 milliards de francs suisses.

La situation a depuis fortement évolué. La réduction de l’offre commerciale et des investissements a fait baisser le poids de la Russie dans les comptes du groupe. Des analystes l’estiment désormais autour de 1 % du chiffre d’affaires.

Cette diminution réduit l’exposition commerciale de Nestlé, mais elle ne fait pas disparaître la valeur des installations présentes sur place. Les usines, les stocks, les créances et les fonds détenus en Russie restent concernés par les décisions des autorités locales.

Pour les investisseurs, le principal sujet n’est donc pas seulement le chiffre d’affaires réalisé en Russie. Une perte des actifs pourrait obliger Nestlé à enregistrer des dépréciations et à renoncer à une partie des sommes immobilisées dans le pays.

L’analyste Jean-Philippe Bertschy, de Bank Vontobel, estime ainsi que la Russie pèse désormais beaucoup moins dans l’activité du groupe, ce qui réduirait la portée financière directe de la décision. D’autres analystes se montrent cependant plus préoccupés par la possibilité d’une perte durable des actifs et des liquidités détenues localement.

Auchan face à une exposition plus importante

Pour Auchan, la situation présente une autre dimension. Contrairement à Nestlé, le distributeur a continué à exploiter un réseau commercial important en Russie.

Cette présence représente plusieurs dizaines de milliers d’emplois et un ensemble d’infrastructures comprenant des magasins, des plateformes logistiques et des activités numériques. Le contrôle exercé par Moscou porte donc sur un dispositif commercial beaucoup plus vaste.

Auchan n’a pas souhaité commenter la décision du Kremlin. Le groupe devra désormais déterminer les moyens juridiques et économiques dont il dispose pour défendre ses intérêts.

La décision intervient également après plusieurs années durant lesquelles la présence d’Auchan en Russie avait suscité des critiques en France et en Europe. L’entreprise avait maintenu son activité en affirmant notamment qu’elle fournissait des produits alimentaires à la population russe et qu’un départ complet aurait des conséquences pour ses salariés locaux.

L’administration temporaire peut devenir une perte définitive

Le précédent des entreprises occidentales déjà placées sous administration russe donne une portée particulière au décret présidentiel.

Dans plusieurs dossiers, les actifs initialement confiés à une administration temporaire ont ensuite été vendus ou transférés à des intérêts russes, parfois dans des conditions financières très éloignées de leur valeur initiale. Les entreprises étrangères souhaitant quitter le pays doivent également composer avec des taxes de sortie et des décotes imposées par Moscou.

Selon une estimation publiée en 2025 par le cabinet juridique russe NSP, la Russie avait déjà pris le contrôle de plus de 50 milliards de dollars d’actifs privés depuis le début de la guerre. Ce chiffre donne une idée de l’ampleur prise par cette politique, même s’il s’agit d’une estimation provenant d’un cabinet privé.

Pour Nestlé et Auchan, la prochaine étape sera donc déterminante. L’administration actuelle est officiellement provisoire, mais son évolution pourrait décider du sort définitif des actifs concernés.

La Suisse a déjà fait part de sa préoccupation et indiqué soutenir Nestlé dans ses démarches pour contester la décision. Le groupe suisse affirme de son côté vouloir défendre ses droits. Auchan reste pour l’instant beaucoup plus discret.

Derrière le cas de ces deux groupes se dessine une réalité plus large : pour les multinationales européennes qui ont choisi de conserver une activité en Russie depuis 2022, la question n’est désormais plus seulement celle de la rentabilité du marché. La propriété même des actifs peut être remise en cause par une décision politique du Kremlin.

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