Le baril chute sous les 100 dollars

Le baril chute sous les 100 dollars : faut-il s’attendre à une baisse du carburant ?

Le baril chute sous les 100 dollars

Après avoir frôlé les 110 dollars la semaine dernière, le baril de Brent est repassé sous la barre des 100 dollars ce mardi 22 septembre. Le pétrole évolue désormais autour de 98 dollars, soit une baisse proche de 11 % par rapport à son sommet de septembre. Cette détente intervient après plusieurs semaines de forte tension sur les approvisionnements du Moyen-Orient, alors que les prix des carburants ont atteint des niveaux particulièrement élevés en France. Pour les automobilistes, les premiers signes de recul apparaissent à la pompe, mais une véritable baisse des tarifs dépend encore de plusieurs conditions.

Le mouvement observé sur le marché pétrolier est lié à l’amélioration progressive des perspectives d’approvisionnement. L’Arabie saoudite a commencé à remettre en service son important oléoduc Est-Ouest, tandis que des discussions diplomatiques autour de l’Iran et du détroit d’Ormuz font naître l’espoir d’une circulation plus régulière des hydrocarbures. Cette évolution suffit pour le moment à faire reculer la prime de risque qui avait fortement gonflé les cours.

Le pétrole efface une partie de sa flambée

Le retournement du Brent est rapide. Après avoir atteint près de 110 dollars la semaine dernière, le baril est revenu autour de 98 dollars mardi, retrouvant son niveau le plus faible depuis environ deux semaines. Le WTI américain a également reculé, alors que les opérateurs avaient encore récemment intégré une possible aggravation des perturbations pétrolières dans le Golfe.

L’amélioration des perspectives d’approvisionnement explique une grande partie de ce mouvement. L’Arabie saoudite a commencé à relancer son oléoduc Est-Ouest, une infrastructure longue d’environ 1 200 kilomètres qui permet d’acheminer le pétrole produit dans l’est du royaume jusqu’au port de Yanbu, sur la mer Rouge. Cette voie présente un intérêt particulier dans la situation actuelle puisqu’elle permet de contourner le détroit d’Ormuz, principal passage maritime pour une partie importante des exportations pétrolières du Golfe.

Le pipeline ne fonctionne toutefois pas encore à son niveau habituel. Sa capacité théorique atteint environ 7 millions de barils par jour, mais les installations endommagées lors des attaques doivent encore être remises en état. Même une reprise partielle peut néanmoins fournir des volumes supplémentaires au marché mondial et réduire la crainte d’une pénurie prolongée.

Les opérateurs pétroliers réagissent donc moins à la quantité de pétrole effectivement revenue sur le marché qu’à la perspective d’une amélioration progressive des flux. Après plusieurs semaines durant lesquelles chaque nouvelle attaque faisait craindre une aggravation de la pénurie, le marché dispose désormais de signaux dans le sens inverse.

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L’espoir d’une réouverture du détroit d’Ormuz

La situation autour de l’Iran constitue l’autre grande explication de la baisse des cours. Téhéran a évoqué la possibilité d’une réouverture du détroit d’Ormuz au trafic pétrolier sous certaines conditions, notamment en échange d’un assouplissement de la pression exercée par les États-Unis. Des discussions diplomatiques sont attendues en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New York.

Il ne s’agit pas encore d’un accord et aucune garantie ne permet d’affirmer que le trafic retrouvera rapidement un fonctionnement normal. Pourtant, cette possibilité suffit à modifier les anticipations des investisseurs. Lorsque le risque d’une interruption durable des exportations paraît moins important, une partie de la prime intégrée dans le prix du pétrole disparaît.

Le marché reste cependant très prudent. Le détroit d’Ormuz demeure une zone particulièrement sensible et une nouvelle attaque contre une infrastructure énergétique ou un échec des discussions diplomatiques pourrait provoquer une nouvelle remontée des cours. La baisse actuelle du Brent repose donc encore largement sur des perspectives qui peuvent évoluer rapidement.

Le diesel reste beaucoup plus difficile à faire baisser

Pour les automobilistes français, le principal problème se situe désormais au niveau du raffinage. Le prix payé dans une station-service ne dépend pas uniquement du cours du baril. Le pétrole doit être transformé en carburant, puis transporté et distribué, avec des marges qui peuvent varier fortement selon l’état du marché.

Or le diesel reste soumis à une forte tension en Europe. Les marges de raffinage ont fortement augmenté ces derniers mois, notamment sur le marché d’Amsterdam-Rotterdam-Anvers. Elles étaient déjà proches de 45 dollars par baril en juin avant de grimper à environ 72 dollars en juillet puis 81 dollars en août. En septembre, elles ont atteint des niveaux records.

Le 16 septembre, l’écart entre les contrats à terme sur le gazole à faible teneur en soufre et ceux sur le Brent a atteint 91,67 dollars par baril. Cet écart a commencé à diminuer ensuite, pour atteindre 86,66 dollars le lendemain puis 85,34 dollars le 18 septembre. La tendance devient donc légèrement plus favorable, mais les marges restent à des niveaux exceptionnellement élevés.

Cette situation s’explique notamment par les difficultés rencontrées par plusieurs installations de raffinage au Moyen-Orient et en Ukraine, mais aussi par la réduction des exportations russes de diesel. Les raffineries encore disponibles fonctionnent déjà à des niveaux élevés alors que les stocks européens sont particulièrement faibles pour cette période de l’année.

Le marché se retrouve ainsi avec un paradoxe : le pétrole brut commence à coûter moins cher, mais le diesel reste une matière raffinée très recherchée. Tant que cette tension persiste, la baisse du Brent ne peut pas être intégralement répercutée sur le prix du litre vendu aux automobilistes.

Les prix à la pompe commencent à refluer

Les premiers signes de détente apparaissent néanmoins dans les stations françaises. Après avoir atteint des niveaux records samedi, les prix du carburant ont commencé à reculer à partir de dimanche. Le gazole reste toutefois autour de 2,34 euros le litre en moyenne, tandis que le SP95-E10 se situe autour de 2,12 euros.

Le décalage entre le marché pétrolier et les prix à la pompe est normal. Les carburants vendus dans les stations ne proviennent pas directement du pétrole acheté le jour même sur les marchés internationaux. Les distributeurs travaillent avec des stocks constitués auparavant et avec des contrats d’approvisionnement qui retardent la transmission des variations du Brent.

Une baisse durable du pétrole peut donc finir par faire diminuer les prix hors taxes des carburants, mais cette évolution nécessite généralement plusieurs jours ou plusieurs semaines. Elle dépend également des marges de raffinage, qui constituent actuellement le principal obstacle à une décrue rapide du gazole.

Si le Brent reste durablement compris entre 95 et 100 dollars et que les marges de raffinage poursuivent leur recul, quelques centimes pourraient progressivement disparaître des prix affichés dans les stations. En revanche, un retour rapide du gazole sous 2,20 euros paraît difficile à envisager tant que le marché européen reste confronté à une offre limitée de diesel raffiné.

Une baisse encore fragile

Le passage du Brent sous les 100 dollars constitue donc une première éclaircie après plusieurs semaines de flambée, mais il serait prématuré d’y voir le début assuré d’une forte baisse des carburants. Le marché pétrolier vient surtout d’effacer une partie de la prime de risque qui s’était accumulée avec les tensions au Moyen-Orient.

La suite dépendra principalement de l’évolution du détroit d’Ormuz et de la capacité de l’Arabie saoudite à rétablir progressivement ses exportations. Si les flux pétroliers retrouvent une situation plus stable et si les marges de raffinage commencent à revenir à des niveaux moins élevés, la détente devrait finir par atteindre les stations françaises.

À l’inverse, une nouvelle attaque contre une installation pétrolière, une interruption du trafic dans le Golfe ou l’échec des discussions diplomatiques pourrait rapidement inverser la tendance. C’est cette fragilité qui explique la prudence actuelle du marché : le pétrole est repassé sous les 100 dollars, mais rien ne garantit encore qu’il y restera.

Pour les automobilistes, la baisse commence donc à devenir visible, mais le véritable soulagement ne pourra être mesuré que lorsque le recul du brut, celui des marges de raffinage et l’amélioration des stocks européens évolueront dans le même sens. Pour l’heure, une seule de ces trois conditions est réellement engagée.

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