La suspension temporaire de la production à Mulhouse, Poissy, Rennes et Sochaux met en lumière deux difficultés distinctes chez Stellantis : des stocks à réduire et un approvisionnement en batteries qui ne suit pas les besoins des chaînes de montage. Plus de 10 000 salariés et intérimaires sont concernés.
Chez Stellantis, les chaînes de montage françaises vont ralentir pour des raisons qui ne se résument pas à une baisse des commandes. Le constructeur automobile a décidé d’interrompre temporairement l’activité de quatre sites, mobilisant une partie de ses effectifs autour de périodes de chômage partiel. Derrière cette décision, deux problèmes se côtoient : la nécessité de maîtriser les volumes de véhicules produits et les difficultés d’une filière européenne des batteries encore incapable de répondre à toutes les demandes.
Au total, 8 400 salariés sont concernés par ces mesures, soit près d’un cinquième des effectifs français du groupe. À ce nombre s’ajoutent 1 900 intérimaires placés en chômage technique.
Des arrêts pour deux raisons différentes
Les interruptions ne suivent pas toutes la même logique. À Mulhouse, la production est suspendue pendant deux semaines à partir de la fin de la semaine précédente. Poissy doit arrêter ses lignes à partir du lundi, tandis que Rennes et Sochaux doivent suivre jeudi et vendredi, pour une période d’environ dix jours.
À Poissy et à Mulhouse, la décision répond principalement à des impératifs de gestion des stocks. Le constructeur cherche à réduire le nombre de véhicules disponibles avant la fin du mois d’octobre. Cette politique intervient alors que Stellantis doit restaurer ses équilibres financiers après plusieurs périodes difficiles sur certains marchés.
Pour les sites de Rennes et de Sochaux, la situation est différente. Le manque de batteries fournies par Automotive Cells Company (ACC) empêche les usines de fonctionner au rythme attendu. La suspension ne découle donc pas uniquement d’un arbitrage commercial : elle traduit aussi une dépendance industrielle qui freine la fabrication de voitures électriques.
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La batterie européenne sous pression
ACC, entreprise détenue par Stellantis, TotalEnergies et Mercedes-Benz, produit des batteries dans une gigafactory située dans le Pas-de-Calais. Sa montée en puissance reste toutefois insuffisante pour répondre aux besoins des constructeurs, notamment pour certains modèles électriques de Peugeot et de Citroën.
Les Peugeot 3008 et 5008 ainsi que le Citroën C5 Aircross figurent parmi les véhicules concernés par ces tensions d’approvisionnement. Lorsque les batteries manquent, les usines d’assemblage ne peuvent pas compenser ce déficit en maintenant simplement leur cadence habituelle.
Matthieu Hubert, secrétaire général d’ACC, a indiqué sur France Inter que la production réalisée en septembre avait dépassé celle de l’ensemble de l’année 2025. L’entreprise affirme fonctionner à sa capacité maximale et envisage de doubler sa production l’année prochaine.
Ces chiffres témoignent d’une progression rapide, mais ils ne suffisent pas encore à garantir un approvisionnement régulier. La fabrication de batteries demande des investissements industriels lourds, des équipements adaptés et une montée en cadence qui ne peut pas être accélérée à volonté.
Une dépendance qui suscite des critiques
Pour Laurent Oechsel, représentant de la CFE-CGC, les difficultés actuelles soulignent le manque d’anticipation de l’industrie européenne. Les constructeurs ont engagé leur transition vers l’électrique alors que les capacités locales de production de batteries restaient insuffisantes. Le développement d’une filière autonome exige désormais du temps et des capitaux.
Stellantis maintient néanmoins sa confiance dans ACC et fait état de progrès significatifs depuis septembre. Le groupe doit toutefois composer avec un décalage entre les ambitions de production de véhicules électriques et les volumes de composants effectivement disponibles.
Cette situation pose une question industrielle : à quoi sert une capacité d’assemblage importante si un composant indispensable ne peut pas être livré en quantité suffisante ? Pour les salariés, les conséquences sont immédiates, avec des journées ou des semaines de travail perdues. Pour le constructeur, ces arrêts compliquent la planification des livraisons et l’utilisation des installations.
Poissy prépare déjà son avenir
Le cas de Poissy présente une particularité supplémentaire. La fabrication automobile doit y prendre fin en 2027, avant une réorientation du site vers des activités de recyclage. L’arrêt actuel intervient donc alors que l’avenir industriel de l’usine est déjà appelé à évoluer.
À Mulhouse, où sont notamment assemblées les Peugeot 308 et 408, de nouvelles générations de modèles sont attendues. La suspension temporaire ne signifie pas que la production y est définitivement condamnée. Elle s’inscrit d’abord dans une opération de réduction des stocks.
Brahim Aït Athmane, représentant de Force ouvrière, explique que le groupe cherche à ramener les stocks à un niveau aussi proche que possible de zéro avant la fin octobre. La maîtrise des véhicules entreposés compte notamment pour les discussions sur les crédits et pour la confiance des marchés.
Des finances sous surveillance
La situation industrielle intervient alors que les comptes de Stellantis restent sous pression. Le groupe aurait consommé 10 milliards d’euros de trésorerie en deux ans, notamment en raison de stocks trop élevés chez certains concessionnaires américains, en particulier pour la marque Jeep.
Le cours de Bourse du constructeur a également fortement reculé depuis son sommet de mars 2024, perdant environ six fois sa valeur de référence si l’on retient une division par six du niveau atteint à cette période.
La réduction des stocks peut aider à limiter les coûts de stockage et à éviter que les véhicules restent trop longtemps chez les distributeurs. Mais les arrêts de production ne sont pas sans conséquences : ils désorganisent les chaînes industrielles et affectent les revenus des salariés placés en chômage partiel.
Stellantis doit ainsi résoudre deux problèmes qui appellent des réponses différentes. La gestion des stocks passe par une adaptation de la production à la demande, tandis que les tensions sur les batteries nécessitent une montée en puissance durable des capacités industrielles européennes. Tant que ces deux sujets ne seront pas maîtrisés, les usines françaises resteront exposées à de nouvelles interruptions.






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