Schneider Electric peut-il convertir l’euphorie autour de l’intelligence artificielle en croissance durable ? Le groupe français bénéficie de la construction accélérée de centres de données, dont les besoins en électricité et en refroidissement deviennent considérables. Mais son ambition ne se limite plus aux équipements : avec le projet de rachat de l’américain PTC pour 22,6 milliards de dollars, il entend aussi élargir sa présence dans les logiciels industriels. Une évolution qui ouvre de nouvelles perspectives, tout en soulevant des questions sur le financement et la rentabilité de cette stratégie.
L’IA fait émerger un marché électrique géant
Derrière les nouveaux modèles d’intelligence artificielle se cache une infrastructure industrielle coûteuse. Les serveurs doivent fonctionner sans interruption, recevoir une alimentation électrique stable et être refroidis en permanence. À mesure que les opérateurs augmentent leurs capacités de calcul, les besoins en équipements énergétiques progressent.
Schneider Electric profite directement de cette évolution. Ses systèmes de distribution électrique, ses onduleurs et ses solutions de refroidissement équipent notamment les installations informatiques de grande taille. Le groupe intervient ainsi sur une partie des dépenses indispensables au développement de l’IA, indépendamment des entreprises qui conçoivent les processeurs ou les modèles.
Cette demande a contribué à porter son chiffre d’affaires trimestriel à 11,46 milliards d’euros, entre juillet et septembre 2026. La progression atteint 16,9 % à périmètre et taux de change constants. La performance dépasse les attentes du marché, qui anticipait environ 11,13 milliards d’euros.
Le logiciel, nouveau terrain de conquête
Schneider Electric cherche désormais à élargir son activité au-delà des équipements physiques. Le projet d’acquisition de PTC, évalué à 22,6 milliards de dollars, représente une étape importante dans cette orientation.
L’éditeur américain développe des logiciels industriels dédiés notamment à la conception de produits et à la gestion de leur cycle de vie. Ces outils permettent aux entreprises de concevoir, tester et améliorer leurs produits à partir de données numériques. En associant ces compétences à ses solutions électriques et industrielles, Schneider Electric espère développer une offre plus large auprès des fabricants.
Cette opération représente toutefois un pari coûteux. Le financement pourrait accroître l’endettement du groupe ou nécessiter une émission d’actions, avec un risque de dilution pour les actionnaires. Le marché a vivement réagi à l’annonce début octobre, faisant chuter le titre d’environ 10 %.
Le défi ne consiste donc pas uniquement à intégrer une nouvelle entreprise. Schneider Electric devra démontrer que les revenus supplémentaires et les synergies attendues justifient le prix payé, sans réduire sa capacité à investir dans ses activités existantes.
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Une croissance mondiale à plusieurs vitesses
La demande ne progresse pas de manière uniforme. Au troisième trimestre, la Chine et l’Asie de l’Est ont enregistré une hausse organique de 26,1 %, tandis que l’Amérique du Nord a progressé de 19,9 %. L’Europe est restée en retrait, avec une croissance de 8,6 %.
Ces différences reflètent des rythmes d’investissement distincts selon les marchés. Les projets de centres de données et les dépenses industrielles soutiennent fortement certaines régions, alors que d’autres avancent plus lentement.
L’activité de gestion de l’énergie, qui comprend une grande partie des équipements destinés aux infrastructures électriques, a progressé de 18,8 % en données organiques. Les automatismes industriels ont également contribué à la croissance, ce qui permet au groupe de ne pas dépendre exclusivement des centres de données.
Fort de ces performances, Schneider Electric prévoit désormais une croissance organique de son chiffre d’affaires comprise entre 12 % et 14 % en 2026. Il vise également une progression de 18 % à 21 % de son Ebita ajusté organique, un indicateur de rentabilité opérationnelle.
Le marché regarde déjà l’après-2026
Malgré ces chiffres, la publication du 16 octobre n’a pas déclenché de hausse durable de l’action. Le titre reculait de 1,1 % en milieu de matinée à Paris. Les investisseurs avaient déjà anticipé une bonne performance et évaluent désormais la capacité du groupe à maintenir son rythme.
La question est particulièrement sensible pour les fournisseurs des centres de données. Les investissements dans l’IA mobilisent actuellement des sommes considérables, mais leur progression future dépendra de la demande réelle pour les services proposés et de la rentabilité des infrastructures construites.
Certains analystes envisagent un ralentissement des dépenses en 2027 et 2028. Schneider Electric pourrait continuer à vendre davantage d’équipements, mais à un rythme inférieur à celui observé pendant cette phase d’expansion.
À cela s’ajoutent les tensions géopolitiques, qui peuvent perturber les approvisionnements et faire grimper les coûts industriels.
Le groupe doit donc mener deux ambitions en parallèle : répondre à la demande actuelle des infrastructures numériques et réussir son développement dans les logiciels industriels. Ses performances trimestrielles lui donnent des arguments solides. La suite dépendra de sa capacité à maintenir sa rentabilité lorsque la croissance de l’IA deviendra moins exceptionnelle, tout en absorbant le coût de sa plus grande acquisition.






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